Spiaggia Libera

en Projets Artistes
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Désenchantée
2025
Désenchantée
  • Ambre Charpagne
  • Anna De Castro Barbosa
  • Elvire Ménétrier
  • Hoa Dung Clerget
  • Jot Fau
  • Julia Bonich
  • Lisa Signorini
  • Natacha Donzé
  • Rose-Mahé Cabel
  • Mathilde Fenoll

Désenchantée

28.08 → 15.11

Désenchantée met en scène différentes pratiques autour de la notion de magie, au sein desquelles le corps se fait intercesseur entre monde visible et intangible. Matérialisée par une attention au soin, à différentes formes de spiritualités et un désir de donner à voir ces forces qui nous dépassent, les artistes réuni·es dans l’exposition proposent autant de rituels émanant de leurs obsessions personnelles et associés à diverses croyances. La magie est alors appréhendée dans sa fonction curative – elle répare sans bruit, par la répétition, par la charge symbolique, par l’activation d’énergies discrètes – ; défensive – elle agit comme médium obscur et protecteur – ; transformatrice – elle offre une possibilité de métamorphoser et d’élargir notre perception du réel.

Il y est en premier lieu question de magie en son sens le plus inoffensif. Objet d’émerveillement, d’incohérences jubilatoires et d’artifices, les artistes Anna de Castro Barbosa et Jot Fau – dont les travaux sont présentés en dialogue à Art-o-rama – nous invitent à concevoir la magie comme un jeu auquel se prêter. Depuis peu dans sa pratique, Anna De Castro Barbosa travaille cette question à travers une réflexion sur les notions de chute, de déséquilibre, de vertige ou encore d’attraction. Ses bouliers aériens créent de subtiles tensions de même qu’une sensation de danger induite par ses extrémités menaçantes. En apesanteur, les billes semblent léviter dans un rapport à l’espace qui paraît déjouer les lois physiques. Jot Fau, quant à elle, compose une série d’objets à valeur talismanique auxquels elle confère une portée universelle par l’usage d’une technique de recouvrement. Les cuirs colorés forment des compositions rappelant l’enfance et ses différents stades de développement. Au-delà de leur naïveté apparente, chaque pièce est la somme d’histoires personnelles, d’objets chinés et choisis avec soin, tout autant sources d’espoir et de désespoir. Investis d’un pouvoir défensif, ils renvoient aussi aux gri-gris protecteurs placés à l’entrée des foyers pour se prémunir du mauvais œil.

Les travaux de Lisa Signorini résultent quant à eux d’une relation obsédante au médium dessin, conçu comme rituel ou exutoire. Également invitée pour sa pratique divinatoire et médiumnique, l’artiste se prête à la lecture des cartes de tarot pour l’ouverture de l’exposition. Ses pièces rencontrent ici celles de Mathilde Fenoll, imaginées comme autant de sculptures à échelle du corps, distillées dans différentes pièces de la maison. Ses parures font également écho au travail d’Hoa Dung Clerget dans leur détournement des codes esthétiques liés à la représentation du corps féminin. Ses sculptures réalisées à partir de vernis gel utilisé dans les salons de manucure dévoilent différentes représentations fétichisées largement véhiculées par la diaspora vietnamienne. Une figure spectrale installée sur le sol nous attend à l’étage, symbolisant l’invisibilité des travailleur·euses immigré·es de même que les projections qui leur sont associées.

Ambre Charpagne interroge nos liens au vivant et au non-vivant à l’aune des perturbations climatiques dans une sculpture mimant différents éléments organiques qui provoque un sentiment d’étrangeté et vient affecter nos repères. Les peintures de Natacha Donzé déploient des paysages atmosphériques mettant également à l’honneur les forces et les contingences du vivant par la transcription d’éléments a priori naturels. De l’étincelle à la plus fine gouttelette, l’artiste compose des environnements mystiques qui évoquent tour à tour l’imagerie scientifique et numérique.

Les bas-reliefs en latex d’Elvire Ménétrier suggèrent la texture de la chair et les matériaux utilisés dans l’ingénierie chirurgicale. Figuration d’un avenir incertain, la première présente la dissection d’une fée et la seconde une homogénéisation de la pensée face aux écrans avec le sentiment que nous sommes en réalité tous et toutes endormi·es. Le recours à la science-fiction est également présent dans le projet collaboratif d’Eden Tinto Collins et Charlotte Yonga dont les images sont tirées d’un roman-photo spéculatif narrant la rencontre d’une chamane et d’une icône numérique nommée Jane Dark. Cette pièce est prolongée par une vidéo d’Eden Tinto Collins proposant une série de mantras dénichés sur des interfaces numériques se concevant comme autant de formules magiques à dimension prémonitoire.

L’exposition s’appréhende comme un univers désenchanté au sein duquel artistes magicien·nes tentent d’élaborer divers simulacres pour magnifier le réel, nous faire accéder à des mondes imperceptibles, laisser place au hasard, à la dérive et à l’occulte. Prolongeant la pensée de Starhawk dans l’ouvrage Rêver l’obscure, la magie s’envisage ici comme une forme de résistance, un engagement spirituel, un mode de lecture amplifié du monde.

Camille Velluet